Un fauteuil releveur peut-il prévenir les escarres ?
Par rapport à un fauteuil standard à position fixe, un fauteuil releveur apporte un vrai avantage : il permet de modifier plus facilement et plus souvent la posture, de relever les jambes et de faciliter certains levers. Il peut donc devenir un bon outil de prévention au quotidien, à condition d’être bien réglé et intégré à une stratégie complète de protection de la peau.
Écrit par Pierre · Revu et mis à jour le 5 août 2026
Oui, un fauteuil releveur peut être plus intéressant qu’un fauteuil standard pour la prévention, car il rend les changements de position plus simples et plus accessibles au cours de la journée. Il permet de faire varier l’inclinaison du dossier, la position des jambes et, lorsque la personne peut se mettre debout, d’interrompre temporairement les appuis. Il ne remplace toutefois ni un coussin adapté, ni la surveillance de la peau, ni un programme de repositionnement personnalisé.
Éviter que la même zone reste comprimée pendant une durée prolongée.
Utiliser une assise ou un coussin adapté au niveau de risque.
Repérer rapidement rougeur, douleur, chaleur ou changement de couleur.
Mobilité, sensibilité, nutrition, continence et antécédents changent le risque.
Qu’est-ce qu’une escarre ?
Une escarre est une lésion de la peau et parfois des tissus plus profonds, généralement causée par une pression prolongée ou associée à des forces de cisaillement. La pression réduit l’apport sanguin dans la zone comprimée, en particulier au-dessus des reliefs osseux.
Le poids du corps comprime durablement les tissus entre l’os et le support.
Le corps glisse tandis que la peau adhère au siège, ce qui déforme les tissus en profondeur.
Quelles zones sont les plus exposées en position assise ?
Qui est particulièrement à risque ?
Le risque ne dépend pas seulement de l’âge. Une personne peut être âgée sans être à haut risque, tandis qu’une autre peut l’être très rapidement en cas d’immobilité, de perte de sensibilité ou de dénutrition.
- Mobilité très réduite ou impossibilité de se repositionner seul
- Temps prolongé au fauteuil ou au lit
- Perte ou diminution de la sensibilité
- Antécédent d’escarre ou escarre déjà présente
- Dénutrition, perte de poids ou faible masse musculaire
- Incontinence, transpiration ou peau fréquemment humide
- Troubles cognitifs empêchant de signaler une douleur
- Mauvaise posture, glissement ou déformation orthopédique
Pourquoi le fauteuil releveur est préférable à un fauteuil standard
Un fauteuil standard peut être confortable, mais il maintient souvent la personne dans une position très similaire pendant de longues périodes. Le fauteuil releveur offre davantage de possibilités : position assise droite, position relax, jambes relevées, dossier incliné et aide au passage debout. Cette variété ne supprime pas toute pression, mais elle aide à éviter l’immobilité prolongée.
1. Faciliter les changements de position
Le principal intérêt est de rendre les changements de posture plus accessibles. Incliner le dossier, relever les jambes ou revenir en position assise peut éviter de rester plusieurs heures exactement dans la même configuration.
2. Aider aux transferts
La fonction releveur peut faciliter le passage en position debout chez certaines personnes. Se lever, marcher quelques pas lorsque cela est possible, puis se rasseoir permet de supprimer temporairement la pression exercée sur les zones d’appui.
3. Améliorer le positionnement
Un fauteuil bien dimensionné peut limiter le glissement, soutenir le bassin et permettre une meilleure répartition des appuis. Cet effet dépend toutefois de la largeur et de la profondeur d’assise, de la hauteur des repose-pieds, du dossier et de la capacité de la personne à maintenir sa posture.
4. Permettre des réglages plus fins selon le modèle
Des moteurs indépendants peuvent aider à ajuster le dossier, les jambes, le soutien lombaire ou l’appui-tête. Ces fonctions améliorent le confort, mais elles ne garantissent pas à elles seules une décharge suffisante des zones à risque.
5. Favoriser une véritable décharge des talons
Les talons sont particulièrement vulnérables, car ils sont recouverts de peu de tissus. Chez une personne à risque, il est préférable que le relève-jambes soutienne surtout les mollets et ne se termine pas en appui direct sous les talons. Lorsque la morphologie et le fauteuil le permettent, le talon peut ainsi rester légèrement « en suspension », sans contact prolongé avec le repose-jambes.
Pour vérifier la décharge, on doit pouvoir constater que le talon ne porte pas sur le support. Une surveillance régulière de la peau reste nécessaire, car un mauvais réglage peut déplacer la pression vers une autre zone. En cas de risque élevé, de rougeur persistante, de diabète, de troubles circulatoires ou de perte de sensibilité, le réglage doit être validé par un infirmier, un ergothérapeute ou un autre professionnel formé à la prévention des escarres.
Ce que le fauteuil releveur ne peut pas faire
Il peut aider à
- varier plus facilement les positions ;
- faciliter certains levers ;
- améliorer le confort et la posture ;
- réduire le temps passé dans une position fixe.
Il ne peut pas
- remplacer un plan de repositionnement ;
- guérir une escarre déjà présente ;
- remplacer un coussin adapté lorsque celui-ci est nécessaire ;
- compenser une mauvaise taille ou une mauvaise installation ;
- supprimer le besoin de surveiller la peau.
Chez une personne incapable de se repositionner, le fauteuil ne doit jamais être considéré comme une solution autonome. Une aide humaine ou du matériel de repositionnement peut être nécessaire.
Faut-il ajouter un coussin anti-escarre ?
Les recommandations cliniques conseillent d’envisager un coussin de redistribution des pressions chez les personnes à risque qui utilisent un fauteuil roulant ou restent assises longtemps. Le choix dépend du risque, du poids, de la posture, de la sensibilité, de la continence et de la capacité à changer de position.
Pourquoi éviter l’achat au hasard ?
Un coussin trop épais peut relever excessivement l’utilisateur, modifier la position des pieds, réduire le soutien du dossier et rendre la fonction releveur moins sûre. Un coussin trop mou peut aussi provoquer un affaissement ou une posture instable.
- Vérifier que le coussin est compatible avec le fauteuil et la morphologie
- Contrôler la hauteur des accoudoirs et du repose-pieds après l’installation
- Respecter le sens de pose et les consignes d’entretien
- Réévaluer la peau et le confort après la mise en place
Comment organiser une prévention efficace au fauteuil ?
Établir une fréquence de repositionnement personnalisée
Les recommandations internationales demandent d’encourager les personnes à risque à changer régulièrement de position. La fréquence doit être adaptée à la personne, à son niveau de risque, au support utilisé et à sa capacité à bouger.
Les repères généraux souvent cités sont au moins toutes les six heures chez un adulte à risque et toutes les quatre heures chez un adulte à haut risque. Ces intervalles ne doivent cependant pas être interprétés comme une autorisation à rester immobile jusque-là : certaines personnes doivent se repositionner beaucoup plus souvent.
Réduire le glissement
Une position semi-allongée peut faire glisser le bassin vers l’avant et augmenter le cisaillement. Il faut vérifier que les pieds sont soutenus, que le bassin reste au fond du siège et que le dossier est utilisé de manière cohérente avec la posture.
Surveiller l’humidité et la peau
L’incontinence, la transpiration et la macération fragilisent la peau. Une stratégie de continence, des vêtements non plissés et une peau propre et sèche participent à la prévention.
Veiller à la nutrition et à l’hydratation
La dénutrition augmente le risque et ralentit la cicatrisation. Toute perte de poids, baisse d’appétit ou difficulté à boire doit être signalée. Les compléments alimentaires ne doivent pas être ajoutés systématiquement si les apports sont déjà suffisants.
Quels signes doivent alerter ?
La peau doit être observée régulièrement, notamment après une longue période assise. Sur une peau foncée, une escarre débutante ne se présente pas toujours sous la forme d’une rougeur évidente : il faut aussi rechercher un changement de couleur, de chaleur, de fermeté ou de sensibilité.
Quand demander l’avis d’un professionnel ?
Un avis est particulièrement important si la personne reste assise longtemps, ne peut pas se repositionner seule, a déjà eu une escarre, a perdu du poids, présente une perte de sensibilité ou une rougeur persistante.
- Le médecin évalue l’état général et les facteurs médicaux
- L’infirmier surveille la peau et organise les soins ou la prévention
- L’ergothérapeute analyse la posture, le fauteuil et les transferts
- Le kinésithérapeute travaille la mobilité et les capacités de repositionnement
- Le diététicien intervient en cas de dénutrition ou de perte de poids
- Une équipe plaies et cicatrisation peut être nécessaire en cas d’escarre
FAQ : fauteuil releveur et prévention des escarres
Un fauteuil releveur est-il préférable à un fauteuil standard ?
Généralement oui pour une personne qui reste longtemps assise, car il permet de modifier plus facilement la posture et de faciliter certains changements de position. Cet avantage est utile dans une stratégie de prévention, mais il ne transforme pas le fauteuil en dispositif anti-escarre autonome.
Un fauteuil releveur est-il un fauteuil anti-escarre ?
Non. Il peut contribuer à varier les positions, mais il n’est pas en lui-même un dispositif de prévention suffisant. Le risque doit être évalué individuellement.
La mousse à mémoire de forme prévient-elle les escarres ?
Pas automatiquement. Le confort ressenti ne garantit pas une redistribution adéquate des pressions. Il faut distinguer une mousse de confort d’un coussin conçu et évalué pour la prévention des escarres.
Peut-on poser un coussin anti-escarre sur n’importe quel fauteuil ?
Pas sans vérifier la compatibilité. Le coussin change la hauteur et la posture. Il peut nécessiter un réglage des accoudoirs, des repose-pieds ou du dossier.
À quelle fréquence faut-il changer de position ?
La fréquence dépend du niveau de risque, de la peau, du support et de la mobilité. Un professionnel doit l’individualiser. Les repères généraux ne remplacent pas ce plan.
Faut-il masser une rougeur ?
Non. Les recommandations déconseillent le massage ou le frottement pour prévenir une escarre. La zone doit être déchargée et évaluée.
Que faire si la personne glisse dans le fauteuil ?
Il faut rechercher la cause : profondeur d’assise inadaptée, repose-pieds trop hauts ou trop bas, dossier trop incliné, coussin incompatible ou faiblesse posturale. Un ergothérapeute peut aider à corriger l’installation.
Le talon doit-il dépasser du relève-jambes ?
Chez une personne à risque d’escarre du talon, l’objectif est que le mollet soit soutenu et que le talon ne reste pas comprimé contre le relève-jambes. Le talon peut donc être légèrement en suspension, à condition que le réglage ne crée pas une pression excessive derrière le mollet ou au creux du genou. Ce réglage doit être adapté à la morphologie et contrôlé régulièrement.
- NICE, Pressure ulcers: prevention and management, recommandations sur le repositionnement, l’évaluation cutanée et les coussins de redistribution des pressions.
- NICE, Quality Standard QS89, conseils et aide au repositionnement des personnes à risque.
- Haute Autorité de Santé, avis sur les supports d’aide à la prévention et au traitement des escarres.
Cet article apporte une information générale et ne remplace pas une évaluation médicale, infirmière ou ergothérapique.
Un fauteuil releveur bien choisi peut réellement aider au quotidien
Face à un fauteuil standard à position fixe, il offre davantage de possibilités pour changer de posture, relever les jambes et faciliter les levers. Pour une personne à risque d’escarre, son efficacité dépend ensuite du bon réglage, de la décharge des talons, d’une assise adaptée et d’une surveillance régulière de la peau.
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